Étienne Cournault occupe une place à part dans l’art français du XXe siècle, parce qu’il a traité la peinture, la gravure et le verre comme un même terrain d’expérimentation. Dans cet article, je replace son parcours, j’explique ses techniques les plus marquantes et je donne des repères concrets pour reconnaître une œuvre, comprendre sa cote et éviter les pièges d’attribution.
Je vais aussi montrer pourquoi ses pièces intéressent encore les collectionneurs: elles vivent à la frontière entre beaux-arts et arts décoratifs, avec une vraie tension entre poésie, matière et modernité. C’est précisément ce mélange qui fait la valeur de son œuvre.
Ce qu’il faut savoir pour lire une œuvre de Cournault
- Artiste lorrain né à Malzéville en 1891, il relie l’héritage de Nancy à la modernité parisienne.
- Sa singularité tient surtout à la peinture sous verre, au verre églomisé et à une gravure très maîtrisée.
- Ses œuvres les plus parlantes jouent sur la lumière, le reflet, la ligne et des motifs souvent poétiques ou urbains.
- Sur le marché, la valeur dépend beaucoup de la technique, de la provenance, de l’état et de la rareté.
- Une expertise sérieuse doit toujours vérifier le support, la signature et la cohérence stylistique.
Un artiste lorrain entre École de Nancy et modernité parisienne
Né à Malzéville, près de Nancy, en 1891, Cournault se forme dans le sillage de Victor Prouvé et de l’École des beaux-arts de Nancy. Cette filiation compte beaucoup, parce qu’elle l’ancre dans un climat où l’art, l’artisanat et le décor ne sont jamais totalement séparés.
Je le lis comme un artiste de transition, mais pas au sens d’un créateur hésitant. Au contraire, il sait très tôt qu’il peut passer d’un langage à l’autre: après son installation à Paris en 1921, il s’ouvre aux avant-gardes, du cubisme au surréalisme, tout en gardant une vraie liberté formelle. Son lien avec Jacques Doucet, puis sa place parmi les fondateurs de l’Union des artistes modernes en 1929, le replacent au cœur du renouveau français de l’entre-deux-guerres.
Ce parcours explique pourquoi son nom reste intéressant aujourd’hui: il ne désigne pas seulement un peintre, mais un créateur qui a constamment déplacé la frontière entre œuvre d’art et objet de collection. C’est justement cette mobilité qui se voit le mieux dans ses techniques.

Les techniques qui font sa singularité
Chez Cournault, la technique n’est pas un simple moyen; elle est presque toujours au centre du propos. Je regarde d’abord la surface, parce que c’est là que tout se joue: transparence, reflet, profondeur, stries, accidents volontaires et tension entre le geste et la matière.
Peinture sous verre et verre églomisé
La peinture sous verre lui offre un terrain idéal pour travailler l’inversion des plans et l’éclat lumineux. Le verre églomisé, de son côté, consiste à déposer une feuille métallique au revers du verre avant de composer l’image; le résultat est plus brillant, plus précieux, parfois presque théâtral. Cette double approche explique pourquoi ses miroirs, panneaux et petits objets ont une présence si particulière.
Gravure et burin
À partir des années 1930, il revient fortement vers la gravure, avec l’eau-forte, le burin, l’aquatinte et d’autres procédés plus rares. L’eau-forte attaque la plaque à l’acide; le burin, lui, creuse directement le métal et produit une ligne plus nette, plus tendue. Chez lui, cette rigueur n’éteint pas la poésie: elle la canalise.
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Pastel, fresque et monotype
Le pastel lui sert à garder un rapport souple à la couleur, tandis que la fresque lui permet une présence plus monumentale. Le monotype, un tirage unique obtenu à partir d’une matrice encrée, lui convient bien aussi parce qu’il laisse place au hasard et à l’irrégularité. On retrouve là un artiste qui aime les formes ouvertes, jamais entièrement verrouillées.
Cette diversité n’est pas décorative au sens faible du terme: elle crée des œuvres dont l’identification demande de vraies vérifications. C’est ce point qui m’amène aux pièces à connaître et à ce qu’elles disent vraiment de sa main.
Les œuvres à connaître pour comprendre son langage
On comprend mieux Cournault en regardant quelques jalons précis plutôt qu’en accumulant des titres. Voici ceux que je garde en tête, parce qu’ils révèlent chacun une facette différente de son univers.
| Œuvre ou ensemble | Ce qu’elle montre | Pourquoi elle compte |
|---|---|---|
| Rue Ensoleillée | Peinture de jeunesse, avant l’éclatement complet de son vocabulaire décoratif | Elle aide à mesurer la continuité entre le regard sur le réel et la stylisation |
| Graffiti (série, 1927) | Enquête graphique sur la ville, les signes et les traces | On y voit son intérêt pour le motif urbain et l’esprit moderne, presque nerveux |
| Miroir à pied (1935) | Travail sur le verre et la réflexion, conservé au Musée d’Art moderne de Paris | Pièce repère pour comprendre la frontière entre objet décoratif et œuvre d’art |
| Le Cyprès (1936) | Burin signé, ligne précise, paysage traduit en rythme | Un bon exemple de sa manière de condenser le motif sans le banaliser |
À côté de ces jalons, il faut garder un œil sur ses collaborations avec Jean Desprès: les bijoux glaces en argent et verre condensent son goût pour la lumière et la surface dans un format très lisible. C’est l’un des meilleurs exemples de sa capacité à faire dialoguer l’objet et l’image sans les confondre.
Autrement dit, ses œuvres ne valent pas seulement par leur sujet, mais par le mode de visibilité qu’elles inventent. C’est exactement ce qu’il faut savoir avant d’acheter ou d’expertiser.
Comment reconnaître une œuvre de Cournault avant achat
Sur le marché, je me méfie toujours des pièces qui semblent séduisantes mais trop peu documentées. Avec Cournault, la technique peut être lisible, mais l’attribution reste fragile si la provenance, la signature ou l’état de conservation ne suivent pas.
- Vérifiez le support : verre, panneau, papier, métal ou combinaison de matériaux doivent correspondre à une période plausible.
- Regardez la cohérence technique : une eau-forte, un burin, un pastel ou une pièce sous verre ne se lisent pas de la même façon.
- Examinez la signature : elle peut être présente, discrète, datée ou absente selon le type d’œuvre; l’absence de signature n’exclut pas l’authenticité, mais elle oblige à être plus exigeant sur le reste.
- Demandez la provenance : ancienne collection, exposition, vente publique, facture, notice de catalogue, tout compte.
- Regardez l’état du verre et du cadre : rayures, éclats, reprises, moisissures ou oxydation changent vite l’intérêt d’une pièce.
Le piège le plus courant, à mon sens, c’est de confondre un objet décoratif inspiré de son vocabulaire avec une œuvre de première main. Cournault a travaillé à la lisière des arts appliqués, donc la ligne de partage n’est pas toujours évidente, et c’est précisément pour cela qu’un regard d’expert reste utile. Quand le dossier est mince, je préfère parler d’attribution prudente plutôt que d’affirmation trop rapide.
Une fois ces vérifications faites, la question devient plus simple: combien vaut réellement la pièce, et qu’est-ce qui fait varier son prix?
Ce que vaut une pièce sur le marché de l’art
Les estimations restent très dépendantes de la technique et de la qualité d’exécution. Les fourchettes observées sur le marché donnent toutefois une base utile: on voit des peintures signées autour de 600 à 8 000 euros, des estampes autour de 100 à 500 euros et des dessins ou aquarelles autour de 180 à 2 200 euros. Pour les petites peintures à motifs animaliers ou de natures mortes, on reste souvent dans une zone plus resserrée, autour de 900 à 1 500 euros selon l’état et la fraîcheur visuelle.
Ces chiffres ne disent pas tout, mais ils montrent bien la logique du marché: plus la pièce est rare, techniquement ambitieuse et bien documentée, plus elle peut s’écarter de la moyenne. À l’inverse, une œuvre signée mais abîmée, mal montée ou dépourvue de provenance solide perd vite en lisibilité commerciale.
| Type de pièce | Ordre de grandeur observé | Ce qui pèse le plus |
|---|---|---|
| Peinture signée | 600 à 8 000 euros | Format, sujet, état, provenance, qualité picturale |
| Dessin, aquarelle, pastel | 180 à 2 200 euros | Fraîcheur des couleurs, composition, signature, papier |
| Estampe | 100 à 500 euros | Tirage, épreuve, rareté, marges, état |
| Petite peinture figurative ou décorative | 900 à 1 500 euros | Attractivité du motif, conservation, demande du marché |
Je précise volontiers un point: une œuvre sur verre ou liée à l’églomisé peut valoir davantage qu’une feuille imprimée, mais elle peut aussi perdre plus vite de son attrait si le support est fragilisé. C’est un marché où l’objet compte autant que l’image. Pour un vendeur, le bon réflexe n’est pas de viser le prix le plus haut sur le papier, mais la fourchette la plus crédible pour sa catégorie réelle.
Cette logique explique aussi pourquoi certaines pièces parlent mieux aux collectionneurs que d’autres, même lorsque la signature est la même.
Pourquoi ses œuvres parlent encore aux collectionneurs français
Ce qui me semble durable chez Cournault, c’est l’équilibre entre invention et élégance. Il n’offre pas une modernité froide: il propose une modernité tactile, réfléchissante, parfois instable, toujours reconnaissable. Pour un amateur d’arts décoratifs, cette matière compte presque autant que la composition elle-même.
Ses œuvres séduisent trois profils de collectionneurs. Les premiers cherchent l’empreinte de l’École de Nancy et de ses prolongements. Les seconds s’intéressent à l’art moderne français de l’entre-deux-guerres, avec ses liens au cubisme, au surréalisme et à l’UAM. Les troisièmes veulent simplement des pièces fortes, capables d’occuper un mur ou une vitrine avec un vrai caractère.
Si je devais donner un conseil concret de conservation, ce serait celui-ci: évitez la lumière directe, stabilisez l’humidité et contrôlez le cadre avant toute exposition longue. Le verre, le papier et les couches métalliques n’aiment ni les variations brutales ni les montages approximatifs. Une pièce bien conservée se revend mieux, mais surtout elle reste lisible, ce qui est la vraie condition d’une belle collection.
On peut donc acheter Cournault pour le plaisir visuel, mais il faut le faire avec une logique de conservation et de documentation. C’est ce mélange de goût et de méthode qui évite les déceptions.
Les repères que je garde avant d’expertiser une pièce de Cournault
Avant de trancher sur une œuvre, je retiens toujours trois questions simples: de quel support s’agit-il, quelle est la qualité de la provenance, et l’état de conservation permet-il encore une lecture nette? Chez Cournault, ces trois points pèsent souvent plus qu’un simple coup de cœur.
- garder des photos du recto, du verso et des détails de signature
- noter toute mention d’exposition, d’ancienne collection ou de vente
- faire contrôler les restaurations, surtout sur le verre et les cadres anciens
- comparer la pièce à des exemples muséaux ou à des œuvres publiées
À mes yeux, c’est ce qui rend cet artiste intéressant sur le plan patrimonial: il permet de croiser l’histoire de l’art, les arts décoratifs et le marché des objets de collection sans jamais perdre sa singularité. Plus on le regarde de près, plus on comprend que sa vraie valeur tient dans la précision des matières et dans la liberté du regard.
